Formes indexées_block

La dynamique générale de la réflexion entreprise au sein du groupe block s’oriente vers l’idée de relecture et de réécriture des paysages urbains et naturels. Les projets déjà engagés cristallisent une série d’attitudes liées aux problématiques urbaines contemporaines. Nous intégrons à travers notre démarche la nécessité d’une relation concrète, physique, politique et esthétique aux milieux et environnements sur lesquels nous travaillons. Les projets sont envisagé en des termes architecturaux qui identifient dans leur forme l’idée du politique en tant que droit à l’appropriation de l’espace urbain, hors du législatif et du programme d’état. En outre, les productions du groupe block comprennent « l’acte minimum » : elles cristallisent la perspective d’interventions urbaines qui intègrent simultanément économie de moyen et mise en relation des états de la nature de la ville.

En 1996, nous investissons en totale illégalité un abri anti-aérien, bunker urbain de la seconde guerre mondiale. Ce moment d’architecture nous impose un positionnement urbain fort. Issue de la nécessité d’un lieu de travail et de recherche, cette simple action soulève un réseau de questionnements liés tant au caractère phénoménal du bunker qu’à l’idée de propriété, d’appropriation et de territoires potentiels. Ce lieu est devenu le laboratoire support de nos expérimentations sur le réel.


C’est cette pré-occupation et cette présence du réel en tant que matière à produire du sens qui oriente véritablement notre attitude créatrice face au projet. Les axes de recherche de block s’inscrivent ainsi à l’intérieur de tissus sociaux déjà constitués et agissent comme modificateurs.


Quelle forme architecturale dérive d’une situation induite par le social ? Comment ces formes se confrontent-elles à la nature primitive de la ville et génèrent-elles des formes d’agencements hybrides ?
Somme hétérogène, masse hétéroclite - d’objets, codes, signes, motifs, sons, opérations de ready made possibles et territoires potentiels - la nature urbaine est à déchiffrer, impose une lecture, i.e interroge le regard avant de construire un sens. Ainsi notre travail tend-il à fuir l’idée de l’objet comme unique finalité, comme objectif d’usage pur. Notre pratique est complexe, en fuyant un regard spécialiste nous nous indisciplinons en travaillant sur le même plan : recyclage de son, installation, performance, projet d’architecture. Par l’expérimentation, nous appréhendons la nature urbaine à l’échelle d’un paysage (au sens de ‘’agir dans le pays’’), nous suscitons un travail d’attention au réel et du partage qu’il informe en utilisant des techniques qui sont contemporaines de la pensée dans laquelle il est question d’agir et de véhiculer la part du présent.


Notre culture du projet induit souvent des réalisations «en cours». Notre travail est ainsi ponctué de micro-projets, de micro-actions, qui, ensemble, nourrissent un comportement collectif. Le projet, l’architecture, au travers de médiations sémiotiques et poétiques, sont compris comme média pour saisir l’actualité. Le projet est une prise de parole, une formalisation qui aura pour sens de renvoyer à la réalité dont elle a été distinguée en vue de la transformer. Nous opérons par sélection, sur le mode du sampling musical, du bouclage (loop) ou par un simple « copier-déplacer-coller » informatique. Ainsi le mouvement des actions et projets entrepris au sein du groupe s’oriente vers la notion de déplacement, de décontextualisation d’une ou plusieurs composantes du réel devenant projet et formes indexées. Le prélèvement, quasi-machinique, fait partie intégrante de notre comportement de projet dans une perspective à la fois sémantique et poétique. Implicitement, nos expériences liées à l’image de synthèse influent sur notre sphère intuitive à l’intérieur de fonctions digérées telles que le mapping ou la mise en réseau complexe d’objets : ces allers et retours de la machine vers le corps modifient concrètement nos actions sur le réel et nos facultés à le manipuler comme matière. L’entraînement sportif du regard altéré par les procédés de numérisation, l’observation, la collecte et la mémorisation des images et des expériences de ce qui dans la production déjà existante réalisent une concordance entre la réalité et son apparence, en prise direct avec le réel ou ce qui s’y joue, et l’expérimentation sont nos outils pour saisir un territoire installé avant d’envisager la forme. Nous considérons la ville comme une trame d’événements intriqués à l’infini, un laboratoire d’expériences perceptives, une somme de dispositifs qu’il convient ou non de s’approprier, un réseau d’informations horizontales et verticales en connexion temporaire ou définitive : le diffus autant que le pérenne, l’assemblage publicitaire autant que les façades, les territoires mouvants, temporaires et alternatifs autant que ceux de la représentation de l’état.


Souvent " sans objets ", le mouvement de nos interventions se résume à un " juste à voir " ou à une modification d'un état de perception.